Un autre regard sur la nudité

Les interdits sont parfois destructeurs, c'est le cas notamment lorsque des lois inadaptées amènent des situations difficiles à nous, ou lorsque l'on s'habitue à condamner un comportement dit « non conforme » sans raison crédible.


De ces codes qui emprisonnent, on peut notamment relever ceux qui concernent la nudité ; on pose un regard sur la nudité très moralisateur et contraint. Pour apporter un regard nouveau sur la nudité, nous avons bénéficié de la parole de Fabien de Bayonne, qui a pris le soin de donner sa vision des choses :


Je ne connais pas l'origine de la pudeur, à quel moment le corps devait être couvert. Les parties génitales plus exactement. Je crois savoir qu'au Moyen Âge la nudité posait moins de problèmes qu'aujourd'hui. A Paris, des hommes et des femmes se rendaient nus aux étuves, près de la Seine. On peut donc supposer qu'ils ne connaissaient pas la pudeur qui est de mise de nos jours, et que des gens pouvaient voir des personnes nues dans l'espace public. Mais n'oublions pas le fait que, dans ce cas, la nudité était « justifiée » (ils se rendaient aux bains). Ce que je voudrais aborder, c'est la possibilité d'être nu sans raison apparente, pour le seul plaisir de se sentir libre et en accord avec soi-même.


Aujourd'hui vouloir être nu au quotidien peut paraître « anormal, » et pourtant, ceci n'a pas d'explication. Pourquoi aimez-vous être nu ?


Parce que je me sens bien nu, que je ne place pas la pudeur au niveau du corps, mais ailleurs, dans les attitudes, les paroles. Il y a plus d'impudeur selon moi à parler de son cancer au premier venu : parler de nos maladies peut mettre mal à l'aise, car nous souffrons tous à un moment de notre vie, et faire porter à l'autre le poids de sa souffrance, de son malaise, peut vite devenir lourd à supporter. En ce qui me concerne, je « montre » mon corps (je me montre tel que je suis, que nous sommes tous), mais je n'accable pas les autres de mes misères. Le cancer ou la maladie, c'est selon moi de l'ordre de l'intime, et je peux le partager avec des amis, mais pas avec quelqu'un que je ne connais pas et qui pourrait se sentir gêné par ce que je lui raconte.


Que trouvez-vous de plus à être nu et que vous ne trouveriez pas à être habillé ?


Rien, sinon le bien-être. Ça ne m'apporte rien non plus d'aimer la campagne, ou la voile, c'est un plaisir parmi d'autres.


Au quotidien, on peut imaginer vivre nu, mais de préférence pas devant les enfants, n'est-ce pas ?


Pourquoi ? Qui a décrété que c'était indécent, dangereux, malsain que des enfants voient des corps nus ? Ne serait-il pas plutôt bénéfique que nous soyons dès notre plus jeune âge habitués à la nudité ? Quand on observe autour de soi des enfants jeunes, il arrive souvent qu'ils oublient qu'ils sont nus. Par exemple, un enfant qui sort du bain ne pensera pas de lui-même à se couvrir, s'il n'a pas froid. Ce sont les parents, immanquablement, qui lui rappelleront le devoir de s'habiller, de « ne pas se promener tout nu » ; lui n'y pensera pas, il resterait nu aussi longtemps que personne ne lui rappellerait qu'il est nu. (Faites donc l'expérience, et vous verrez.) On construit donc la pudeur, on l'échafaude par des paroles, des injonctions. Et, toujours, il s'agit de la pudeur physique, plus rarement de celle que j'évoquais plus haut.


N'avez-vous pas peur d'attraper froid ?


Quand j'ai froid, je me couvre, au moins en partie si je le souhaite. Je peux aussi décider de rester nu, et je m'apercevrai que la température corporelle, dans beaucoup de cas, s'auto-régule.


Et donc, vous n'êtes pas gêné à l'idée que l'on vous voit nu ?


Moi, non. C'est le regard de l'autre qui me mettra mal à l'aise, son insistance à ne regarder que mon sexe par exemple, comme si, quand on est habillé, on regarde sous la ceinture de son interlocuteur ! En général on se regarde dans les yeux. Nus, ce devrait être pareil.