Les Médias convoités par les partis politiques

Égalités, transparence, clarté


A propos de la réforme des règles du jeux de l’élection présidentielle

ou comment magouiller afin de contourner la démocratie pour mieux l’abattre à petit feu




 Bientôt la présidentielle, on ne parle que de ça.


 Souvenons-nous de cette réforme pondue par le Parti Socialiste et qui va désormais rapidement devenir de plus en plus centrale à l'approche de l'événement, cette loi qu'on a joliment appelée : « Modernisation des règles applicables à l'élection présidentielle » – c'est beau n'est-ce pas ? onctueux comme de la novlangue ! – ils vont « moderniser les règles du jeux, » nous disent-ils. Néanmoins depuis la loi travail qui se proposait elle aussi de « moderniser » (à la sauce 19ème siècle) et de « simplifier » (à coup de 49-3) le code du travail, on a tendance à se méfier des velléités de modernisation du Parti Socialiste. Que nous prépare-t-il ? Plus d'équité, plus de transparence, plus de clarté. Toutefois il est ici utile de préciser que, pour le PS, l'égalité n'est visiblement pas équitable (l'équité se passant en tout cas tout à fait, selon eux, de l'égalité...), de signaler que la transparence ressemble à s'y méprendre à de la surveillance politique, à une volonté de contrôle, et la clarté à du conservatisme médiatique.




 Que devient alors l'élection présidentielle ?


 La première chose qui cloche avec cette loi, c'est sa place au sein du calendrier quinquennal : peu de temps avant l’élection la plus importante du pays, celle du monarque présidentiel ; on flaire l'embrouille, le bidouillage, ça sent la magouille politicienne... Mais tout de même ! changer les règles du jeux pour s'aider à gagner, ce serait malhonnête et anti-démocratique ; voyons, les socialistes ne feraient jamais une chose pareille...

 Rappel des faits : Cette réforme est principalement constituée de deux volets, le premier se propose de changer le système de parrainage, certes ce sont toujours des élus qui donnent leurs signatures mais celles-ci seront désormais intégralement révélées publiquement ; le deuxième est médiatique : les temps de parole lors de la première partie de la campagne officielle ne sont plus répartis selon l'égalité du temps accordé à chacun pour s'exprimer mais selon un principe d'équité au demeurant fort flou.

 Pour ce qui est des parrainages, l'argument du Parti Socialiste consiste à dire qu'il s'agit de faire preuve de transparence : les Français ont le droit de savoir à qui leurs élus, les élus du peuple, ont donné leurs signatures ; et si un maire parraine par exemple la candidature du Front National, il doit assumer ce choix publiquement devant ses électeurs. Mais c'est là un argument fallacieux et une tromperie démagogique sur ce qu'est à l'origine le système de parrainage. Il ne s'agit pas pour le maire ou l'élu de dire qui est gentil ou méchant, qui est un bon ou un mauvais candidat, qui il appuie et qui il rejette. Il s'agit simplement de sélectionner quelques candidats sérieux et représentatifs de la diversité d'opinions politique du pays, afin de faire fonctionner la machine démocratique. Certes ce système est déjà en soi critiquable et daté, mais la réforme ne fait que l'empirer. Désormais le maire a bien souvent peur de parrainer un candidat à priori peu populaire dans son électorat de base et, ainsi, de se le voir reprocher ; mais plus grave, la soi-disant « transparence » voulue par le Parti Socialiste est en fait un moyen de contrôle et de pression sur l'élu. « Si tu parraines untel, on t'enlève tes subventions pour ceci ou cela. » En vérité, ce système est pervers et ne favorise que Les Républicains et le Parti Socialiste. Ce dernier a beau jeu de faire valoir l'argument de la lutte contre le Front Nationale car en vérité il espère, vain projet, faire le vide à sa gauche pour se donner une chance, croit-il, d'aller au second tour. En effet, comme le reconnaît Jean Lassalle député MoDem cette réforme vise à « favoriser les trois grands candidats, disqualifier Europe Écologie les Verts et si possible Jean-Luc Mélenchon. Une fois de plus c'est une énorme tromperie. »

 En ce qui concerne le volet médiatique, la perversité atteint son comble. Il s'agit toujours de nourrir un système qui se mord la queue, l'égalité du temps de parole (qui même lorsqu'elle était obligatoire n'était pas véritablement respectée) ne sera plus garantie légalement pendant l'intégralité de la campagne ; on lui substitue un principe d'équité suffisamment flou pour laisser les grands médias, dont on connaît la dépendance et l'asservissement aux patrons de presse, libres de mettre en avant tel ou tel candidat. Car, c'est à la fois comique et tragique, cette « équité » sera calculée selon l'importance apparente du candidat, de sa côte dans les différents sondages et enquêtes d'opinions ! En somme plus vous êtes connu et médiatique, plus vous pouvez apparaître dans les médias ! Ah bah oui, quand il y plein de gens qui parlent, c'est pas net, on ne s'entend plus ; s'il n'y a que le PS, LR et le FN (dans le rôle du méchant à terrasser !) c'est plus clair ; vraiment foutraque, cette idée de démocratie, non ? De ce fait la campagne électorale pourrait très bien être encore plus médiocre qu'à l'accoutumé, on risque d'entendre des libéraux faire semblant de débattre avec d'autres libéraux à propos du meilleur projet libéral pour la France au sein de l'Europe libéral, une sorte de C-dans l'air généralisé ! Un cauchemar pour quiconque a un temps soit peu d'honnêteté intellectuelle ! Ce nouveau système de répartition du temps de parole est donc d'un conservatisme médiatique absolu... Sachant que le garant de cette « équité » est le CSA dont le chef est nommé directement par le président de la République lui-même, il est clair que la parade médiatique précédant l’élection est définitivement truquée.

 

 Un modèle toxique.


 En somme le gouvernement « socialiste » est devenu à ce point impopulaire et ridicule qu'il n'est à l'aise que dans la parodie, ainsi il tente de mettre en place un système de candidature restrictif et conservateur relayé par des médiacrates qui s'écartent chaque jour d'avantage des aspirations populaires pour faire en sorte que l’élection présidentielle devienne toujours plus une caricature de démocratie, une sinistre comédie dans laquelle les puissants parasitent le débat, méprisent le peuple pour faire installer un de leurs laquais sur le trône de l'entre-soi.

Yann Jézéquel